J’aime, donc je finance

Paru sur le site de l’ADBS, le 15 juillet 2010

Financer la création par le don : une voie de plus en plus sérieuse

Le paradigme de la création dans le monde numérique est indéniablement différent, la chose est acquise. En revanche, il n’y a aucun véritable consensus aujourd’hui sur le mode de financement à adopter et les débats sur cette question sont légions.

L’inévitable perte de contrôle de la publication sur les réseaux a donné l’idée à certains de « déplacer le centre de gravité du financement » [2] et de dissocier celui-ci du droit d’auteur, ce qui évite de multiplier les systèmes répressifs (souvent inutiles et coûteux) liés au contrôle, par les ayants droit, de la copie et d’autres modes d’exploitation des œuvres.

Des modes alternatifs de financement sont proposés çà et là, adaptés quelquefois à différents types de créations (presse, art contemporain, films, musique, …). Si l’on en juge par le compte rendu du Festival des Arts Libre Accès [2], la palette des solutions proposées autour du don, déclinés en services qui répondent aux noms étranges de Yooook, ulule, Shagaï, MooZar, Kachingle, ou  encore Flattr pour n’en citer que quelques-uns, semble infinie.

Dans ces systèmes, le public finance généralement les auteurs des œuvres qu’il apprécie par une série de micro soutiens, ce qui est une forme de mécénat, mais aussi un retour au passé, avant l’apparition du régime du droit d’auteur.

Cela suppose aussi que les intermédiaires traditionnels, ceux qui prenaient des risques financiers et se finançaient ensuite en contrôlant le marché, « repensent leur rôle » [2] et diversifient leurs activités (1), au risque de voir de nouveaux acteurs occuper cette fonction qui reste à jouer, mais avec un autre scénario.

Le système est visiblement encore en rodage et des points restent à régler parmi lesquels on a cité le pourcentage reversé aux mécanismes de paiement sécurisés et les pays, souvent les plus pauvres, qui ne disposent pas de ces services de paiement, la disparité des systèmes fiscaux des définitions juridiques du don ou encore l’interopérabilité des systèmes [2].

Abandonner le dogmatisme, évaluer d’autres schémas et accepter qu’ils puissent coexister avec des schémas plus traditionnels, voire « inventer des modèles en décalant le spectre actuel » avait suggéré Michel Vivant lors d’une conférence [3]. Décaler le spectre, n’est-ce pas ce que l’on est en train de faire ici,  en élargissant les concepts, sans pour autant les faire exploser, comme on aurait pu le craindre ? Des modèles économiques à suivre ….

Note
(1) Spécialiste de musique électronique, Kitsuné, cité par Lionel Maurel dans son compte rendu [2], organise des évènements mais, plus inattendu a également créé une ligne de vêtements

Références

1. Flattr : quand le micro-paiement rapporte aux créateurs, Jeff, Pc-Inpact, 7 juillet 2010
2. Repenser le financement de la création à l’ère du numérique. Compte rendu du Festival Libre accès 2010, Lionel Maurel, S.I.Lex, 23 juin 2010
3. 2010. Festival des Arts Livre Accès. 3ème édition. Sur le site Libre Accès

Voir aussi sur le site de l’ADBS
4. Pas de créateur sans droit d’auteur ? Sciences Po, 15 avril 2010, Michèle Battisti, 26 avril 20105. Droit d’auteur et libertés numériques, Conférence de Richard Stallman, Lionel Maurel, 3 mars 2009
6. Des modèles libres pour l’accès à l’information, Journée d’étude organisée par l’ADBS le 18 mai 2004, M.B., mai 2004

One comment

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Jerome HOARAU, Web Business Angel. Web Business Angel said: RT @brinsdecausette: "J'aime donc je finance". Et si on reparlait de micro-paiement ? Intéressant. http://ow.ly/2dW14 via @terryzim […]

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