Un ouvrage pour comprendre la neutralité de l’internet

La neutralité de l’internet. Un enjeu de communication / Valérie Schafer et Hervé Le Crosnier avec la collaboration de Francesca Musiani.- Paris : CNRS Editions, 2011 (Les Essentiels d’Hermès)

Présentation sur le site de l’éditeur

Analyse à paraître dans le n°3, 2011 de la revue Documentaliste

La neutralité de l’internet serait « une question technique qui met en jeu des opérateurs économiques super-puissants ». Les jeux seraient-ils donc joués ? Eh bien, fort heureusement, non. D’ailleurs, puisque ce terrain concerne aujourd’hui « le système central de nos sociétés », non seulement les enjeux politiques sont particulièrement forts mais, au-delà du débat d’experts, il serait même tout à fait imprudent de se désintéresser d’un tel sujet. Voilà l’ouvrage qui va nous aider à lui prêter l’attention qu’il convient.

Alors certes, le concept, technique de prime abord, semble ardu. Il s’avère donc parfaitement opportun de cerner l’idée de neutralité de l’internet et ce, d’autant plus qu’il y a, bien souvent, confusion entre plusieurs notions. Une présentation générale, allant au-delà des seules définitions, s’y emploie avec brio. Un retour sur l’histoire « du réseau des réseaux » s’impose tout autant ; un chapitre complet y est consacré.

On comprend en fait très vite que le débat technique glisse très rapidement vers le domaine économique, puis tout aussi promptement vers la question des libertés fondamentales. On ne peut manquer, alors, de se passionner vraiment pour cette question.

Où l’on découvre, en effet, qu’il y aurait plusieurs « imaginaires techniques » et que plusieurs scénarios sur la place de l’internet sont possibles.

Dans ce cadre, on souligne volontiers la congestion due à l’augmentation du trafic, notamment avec la place croissance du téléphone mobile et de certains services très consommateurs de bande passante, et  la charge des investissements nécessaires liés aussi à l’obsolescence rapide des infrastructures, expliquant ainsi la nécessité d’une prioritarisation. Mais on s’aperçoit bien vite aussi qu’il y a un combat entre divers acteurs, qui ont des « rationalités différentes », voire antagoniques, dans le partage de valeurs qu’il convient de « re-penser », et que les « effets de bords » des différents choix qui seraient faits ne sont pas du tout anodins.

L’économie et l’écologie de l’internet, tel est le chapitre qui va clarifier le tableau. Il y a bien sûr les opérateurs de communication électroniques au « cœur du débat », peut-être trop lorsqu’on demande aussi à certains de contrôler les usagers et de jouer un rôle de police privée, comme en France avec la loi  Hadopi ou la Loppsi2. Mais il y a d’autres types acteurs, notamment les fournisseurs de contenus et de services : il suffit de mentionner (parmi bien d’autres) Google, Facebook ou encore Apple, dont les modèles de financement varient, que ceux-ci sont, en outre, susceptibles d’évoluer au cours du temps, et qu’il faut laisser de la place pour les nouveaux entrants. Et, au-delà, il y a aussi les utilisateurs, consommateurs ou citoyen, et la place qu’ils pourront avoir dans les débats.

Il y a donc un enjeu important en termes de gouvernance de l’internet, avec toute la complexité due aux visions différentes que l’on peut avoir des deux côtés de l’Atlantique. Dans les faits, ces points de vue s’avèrent bien plus divers encore lorsque l’on examine les choix faits par différents pays dans le monde : il y a bien toujours des frontières politiques pour ce réseau mondial.

Bien sûr, la neutralité n’est pas le seul aspect à examiner lorsqu’on parle de l’internet. Mais la question est essentielle si on juge le nombre de consultations, de prises de positions et  de règles juridiques enregistrées ces derniers mois, que l’on trouvera détaillées dans cet ouvrage, un autre des ses atouts.

Illustr. Circuit diagram. xkcd. A webcomic of romance, sarcasm, math and language CC by-nc 2.5

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