Chercheurs, gardez vos droits ! L’université de Princeton prend le taureau par les cornes

« La grogne des bibliothécaires contre l’édition savante » titrait le Figaro dans son supplément hebdomadaire du 7 octobre 2011 qui reprenait plusieurs articles du New-York Times. Présentés comme « les contestataires les plus improbables des campus », ils se distinguent pour s’être insurgés contre les coûts exorbitants des revues scientifiques. Si la fronde est très loin d’être nouvelle, il est vrai que l’équilibre via les consortiums d’achats et le libre accès (enjeu détaillé dans cet article) n’est pas encore établi.

Qu’a décidé l’université de Princeton ?

Il sera désormais interdit à ses enseignants de céder tous leurs droits aux éditeurs de revues scientifiques. Il leur est demandé de garder (au moins) les droits les autorisant à mettre en ligne leur articles sur leur propre site et sur le site de leur université.

L’université dispose ainsi d’une licence non exclusive pour communiquer les articles écrits par ses professeurs. Accordée à des fins non commerciales elle ne lui permet pas de vendre les articles ni, bien évidemment, d’accorder ce droit à des tiers. Tout enseignant qui souhaite déroger à cette règle doit faire une demande expresse auprès de l’université.

Si les enseignants de cette université sont désormais liés, tel « Ulysse à son mât [c’est], pour pouvoir entendre le chant des sirènes », rapprochement étonnant mais que je ne résiste pas à reprendre. De quoi créer, en tout cas, un cercle vertueux, si d’autres universités adoptent la même politique !

A propos du mouvement vers le libre accès

Le libre accès aux travaux de la recherche est, je l’ai souligné, une revendication ancienne. Outre les recommandations faites par les chercheurs via des déclarations désormais célèbres (Berlin, Budapest, …) ou d’initiatives intéressantes comme celle de la Commission européenne qui voulait rendre accessibles, dans un délai de 6 à 12 mois, les résultats des travaux financés par son 7e programme cadre de recherche, une initiative concrétisée depuis par la base OpenAIRE, il y a aussi des lois.

Aux Etats-Unis, le Congrès avait exigé le libre accès et gratuit aux résultats des recherches financées par la NIH (National Institutes of Health Public Access) 12 mois après leur publication par un dépôt sur PubMed Central. Le dispositif semble avoir été élargi à d’autres établissements de recherche de ce pays.

Annoncé en 2009, un projet de loi espagnol devait rendre obligatoire au bout de six mois le libre accès de tout article rendant compte de recherches financées sur des fonds publics. J’avais noté récemment que le Conseil fédéral avait pour projet de rendre obligatoire le libre accès des œuvres d’auteurs appartenant à des institutions financées par des fonds publics, six mois après leur parution.

Et en France ?

Une invitation à me répondre puisque je n’ai pas poursuivi ma collecte d’informations.

Illustr. PhotonQ-Beauty on the Horizon of Complexity. PhOtOnQuAnTiQue Flickr CC by-nd nd

Sources

(*) Titre inspiré de « Auteurs : gardez-vos droits”, le tweet de @Pintini qui m’avait alerté sur la question, un compte qui, entre temps, a disparu.

5 comments

  1. Pierre dit :

    En France, on n’en est pas au libre accès complet mais les chercheurs ont la possibilité de déposer leurs productions scientifiques sur le site HAL http://hal.archives-ouvertes.fr/ La plupart du temps les manuscrits déposés ne devront pas être au format éditeur (c’est-à-dire tel que l’article apparaît sur le site de l’éditeur)

  2. Oui,effectivement, mais ce n’est qu’une possibilité, rarement négociée, j’imagine, par les chercheurs.

    Il convient d’expliquer, de prouver aussi, que le libre accès, élément important pour la notoriété du chercheur, et ce faisant pour la recherche de manière générale, les résultats de la recherche étant largement disponibles, se traduit non par la disparition du secteur éditorial mais par l’adoption de nouveaux modèles économiques (comme les licences nationales aujourd’hui …). Une coexistence est possible.

    Comme l’action de sensibilisation au libre accès, entreprise depuis plus de dix ans en France, n’a pas donné de résultats vraiment spectaculaires, la décision de l’université de Princeton me semblait intéressante.

    Cordialement.

  3. Ari Massoudi dit :

    La solution est l’Open Peer Review ! Je vous invite à lire cet article que j’ai écris sur mon blog :

    http://www.strategy-of-innovation.com/article-open-peer-review-is-finally-available-for-scientific-publications-84928130.html

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  5. […] Princeton goes open access to stop staff handing all copyright to journals – unless waiver granted, The conversation, Sunanda Creagh, 28 September 2011 Paralipomènes » Chercheurs, gardez vos droits ! L’université de Princeton prend le taureau par … […]

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